JOSSIE

dimanche 8 avril 2018
par  Robert Vigneau
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Cet article avait été publié le 8 avril 2011, il y a tout juste sept années.

Depuis notre chagrin n’a pas changé. Tous ceux qui l’aimaient ne peuvent croire à son absence. Elle reste si vive en nos jours !

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Aujourd’hui, dimanche anniversaire. Je me permets de vous imposer cette lettre.

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Jossie André n’a pas résisté à la transplantation du poumon qui devait lui assurer quelque répit dans une vie à vif marquée par l’amour et la douleur. Son corps fut porté au feu hier.

Me trouvant hors de France, je n’ai pas pu assister à cette cérémonie. J’ai donc écrit samedi dernier une lettre à Jossie, ma dernière lettre, et demandé à notre commune sœur d’élection Claude-Annie Aubineau de lire ces mots devant tous, avant l’œuvre des flammes.

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Chère Jossie,

Hier au soir, lorsque Claude-Annie m’a téléphoné l’irrémédiable, sa voix était brisée, si bouleversée que je n’ai pas compris ce que je ne voulais jamais entendre, ce que je ne pouvais comprendre.

Et ce matin, chère Jossie, selon nos habitudes du temps que tu vivais à Paris, je suis allé dans notre ancien bistrot, tu te souviens ? au Cavalier Bleu, celui qui fait le coin de Rambuteau et Saint-Martin. On y allait tous les mercredis en fin de matinée, après la piscine. On commentait le nombre de nos longueurs devant une tasse de café. J’ai commandé deux cafés. Bien noirs. Le garçon a eu l’air surpris.

- J’attends une amie, ai-je ajouté.

Le garçon n’a guère changé : toujours ruisselant de bijoux indiens mais il ne m’a pas reconnu parce que ça fait longtemps que je ne fréquente plus ce bistrot. Depuis que tu as quitté Paris, exactement. Tu avais choisi de retourner à Angoulême. L’enfant que déjà ton cœur attendait, s’y trouverait mieux élevé, disais-tu. Alors moi aussi, comme tu n’étais plus là, j’ai renoncé à la piscine du mercredi. Donc au café où notre bavardage gourmet tournait bien vite à la littérature. On s’était bien adopté, nous deux, fanas de livres et de bons vins !

Donc je me suis retrouvé devant nos deux cafés noirs. J’ai siroté le mien en regardant le fleuriste d’en face déballer les arbrisseaux du printemps. Pourquoi tardes-tu à venir, Jossie ? Un jour, tu m’as parlé des arbres. Tes amples amis. Tu ne te lassais jamais des forêts. Même sous la neige.

Je regardais le ciel parisien qui, ce matin, prenait des couleurs d’eau. Pourquoi tardes-tu aujourd’hui, Jossie ? Un ciel à ton goût, tu sais : un jour tu m’as parlé de la mer. Cris d’enfants sur le sable. Baignades de l’été. Gourmandises des coquillages. Nous avions passé des vacances en bande sur une île, tu t’en souviens ? Tu ne te lassais jamais de l’eau.

J’ai hésité devant le second café. Celui que j’avais commandé pour toi. Au cas où. Nous deux, les proches, les amis, non, nous ne méritions pas un si lugubre poisson d’avril. Mais regarde, Jossie, j’ai convoqué la promesse des arbres dans les bacs du fleuriste, la promesse de la mer dans le ciel parisien, pourquoi ne viens-tu pas ?

Alors j’écris cette lettre. Appelé hors de France, je ne pourrais pas mêler mes pas aux cœurs autour de toi, jeudi prochain. Alors je t’écris une lettre. Claude-Annie, notre commune sœur, te la lira.

J’ai longuement regardé cette seconde tasse de café. Ton café noir… Si noir , Jossie ! Tu sais, je l’ai bu, finalement. Il était froid.

Robert

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Jossie André, Robert Vigneau, Claude-Annie Aubineau à Nantes (1993)


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