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la Grolon

jeudi 30 décembre 2021, par Robert Vigneau

La grolon

Dans les vallées septentrionales du Narkos, pays du Cobuito, existe un animal invisible qui ne peut vivre qu’en parasite coincé à l’intérieur d’organismes vivants : la grolon. Sa forme, variable en fonction du milieu d’accueil, rappellerait assez celle d’une pieuvre sans tête, pourvue d’antennes ou tentacules en nombre indéterminé, comme autant de racines.

La grolon, entièrement constituée de muqueuses, n’aime rien tant que l’immobilité humide. Elle se concentre et ne vit que pour augmenter sa température.

Du feu ou du mouvement, la grolon a choisi le feu. Elle s’installe à l’intérieur d’un corps étranger à sang chaud et tire à elle la chaleur que ce corps produit. Elle en aspire la température et s’en repaît, semble-t-il.
Insatiable, elle fait alors pousser ses antennes à la recherche de nouvelles sources de chaleur.
- Tiens, allons voir du côté de la vessie, se dit-elle. S’il y avait des calories à glaner par là-bas ?
Et hop, elle glisse un tentacule en s’immisçant entre les organes jusqu’à la vessie.

Une fois installée, ce tentacule, même s’il ne découvre aucune récolte de chaleur comme dans le cas de la vessie justement, organe non-calorigène, la grolon ne peut plus le retirer, voilà l’ennui. Elle devra même la nourrir et lancera d’autres ramifications pour se procurer ce surcroît de chaleur nécessaire à l’entretien des établissements inutiles. Ainsi la grolon se répand-elle rapidement grâce à cette faculté de générer aveuglément autant de prolongements qu’elle le désire sans forcément les utiliser.

Les indigènes du Cobuito ne mangent pas la grolon. Ils n’ont pas inventé de pièges pour la capturer.
La grolon ne craint pas la foudre.

Comment la grolon se reproduit-elle ? Hé bien, personne n’en sait encore rien. On comprend que, par sa nature parasitaire, immobilisée dans un corps étranger dont elle dépend strictement, la grolon ne puisse s’accoupler avec un partenaire. On ne lui connait aucune vie sociale.

Cette situation a conduit le chercheur américain August Raichoor à émettre l’hypothèse selon laquelle la grolon copulerait par truchement, à la manière des fleurs qui répandent leur pollen par l’entremise des abeilles et des papillons. Dans le cas de la grolon, un virus banal, celui de la grippe par exemple, pourrait servir d’agent de transmission. Quel virus ? Cela reste à trouver et surtout à démontrer. On inventerait un vaccin !

La grolon ne se rassasie jamais de chaleur. En fait, son entretien nécessite une température plus élevée que celle du corps qui l’abrite.
Aussi la grolon possède-t-elle des fonctions qui lui permettent de dérégler la température interne de l’organisme d’accueil : le corps parasité se voit contraint d’augmenter sa production calorique et d’entrer en état de fièvre. Cette fièvre finira par le lasser : il s’épuise, il s’éteint, entraînant la grolon dans sa mort.