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Séduction 40
dimanche 5 décembre 2021, par
Séduction
Il passait entre les allées du jardin municipal lorsqu’il entendit un doux gémissement, comme un appel féminin. Cela provenait d’un buisson de seringa depuis longtemps fané, dont le feuillage épais pouvait ménager une cachette. Il s’arrêta net pour écouter. Le gémissement reprit. À vrai dire, non, la voix n’avait plus rien de plaintif, il s’agissait d’aguichants petits cris à peine stridents, comme des coups de canif dans le silence. Et manifestement, ces cris s’adressaient à lui.
Il fit lentement le tour du seringa, sans bruit, sur ses gardes, et soudain il l’aperçut. Elle s’étalait sur le feuillage, elle offrait sa poitrine nue, elle écartait les cuisses. Voilà ce qu’il remarqua tout de suite. Il ne prêta guère attention au visage grisâtre, à ce vaste front, à ces lèvres minces que des sourires agitaient, dévoilant des canines.
Quand elle le sentit approcher, elle cessa ses bruits de bouche et déploya plus largement ses cuisses. Elle affichait son intimité, béante. Et elle la fit danser : des mouvements de ventre ouvraient et refermaient cet orifice d’ombre dont les bords ondulaient. Il ne résista pas au désir que faisait naître en lui ce manège. Son cœur battait très fort. Il se coucha sur elle, il la pénétra aussitôt tandis qu’elle soupirait de joie.
Il sentit alors sa virilité littéralement aspirée par le ventre féminin. Une sensation étourdissante, comme il n’en avait jamais rêvé. L’orifice d’ombre l’enserrait dans un étau moelleux, visqueux et cette étreinte enchantait tout son corps d’une joie de paradis. Il ne pouvait s’en dégager. Il sentit les lèvres de la bien-aimée lui caresser le front. Elle lui mordillait les oreilles, les sourcils et ces gestes de tendresse l’émurent tellement qu’il ne résista plus, il s’abandonna dans un éblouissement intime : son ventre se vida dans le ventre femelle et il n’avait pas achevé sa giclée que les canines de la belle se plantèrent dans sa nuque et elle entreprit de lui déchirer le cerveau. Ainsi, paralysé, il se laissa dévorer vivant.
Je n’ai pas inventé cette histoire. Elle ferait honte au premier romancier venu. Une amoureuse cannibale croquant son époux au moment même où il l’engrosse, qui peut croire de pareilles sornettes ? Pourtant, le créateur l’a fait. Divinité d’amour, plus fort que tous les romanciers d’épouvante ! Je parle du géniteur des mantes religieuses, évidemment.
Robert Vigneau : le blog !