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Un amour de grandes vacances
mercredi 22 avril 2020, par
Un amour de grandes vacances
- Mon copain prof ? Il pète les plombs. Imaginez-vous qu’il vient de tomber amoureux.
- Extraconjugal ?
- Ça m’a beaucoup étonné. Époux fidèle, bon père. Un modèle dans son genre. Et voilà qu’il tombe dans l’adultère.
- Mais la chose, cher Monsieur, arrive tous les jours à tout le monde.
- Non ! Lui, c’est pas pareil. Il se joue cette aventure sur un scénario façon tragédie antique. Tout d’abord, cet amour lui tombe sur le coin de la gueule. Une collègue de travail, tout bêtement. Bien roulée, je dis pas et puis surtout ce qui change dans son cas, la grosse tête. Il a pas cherché bien loin.
L’ami Pierre ne m’éloigne d’aucun secret. Nous échangeons librement les confidences. Il connaît mon existence dissolue, mes nuits dispersées entre plusieurs amants auxquels ne m’attache que la sensualité la plus abrupte. Lui, tout le contraire : époux fidèle et père attentif.
Mamadou Diallo souffla sur son café puis sans boire, reposa la tasse sur le comptoir.
- Vos histoires d’Andromaque, vous avez beau dire, ça ne marcherait pas en brousse. Pyrrhus pourrait bien épouser à la fois son Hermione et cette Andromaque, personne n’y trouverait à redire, surtout pas ces dames tout à fait rôdées aux mœurs de la polygamie de chez nous, chacune son jour, ou plutôt sa nuit puisque c’est à ça surtout que vous pensez. Il suffit d’organiser le roulement. On décide en famille qui s’y colle à la cuisine, qui va s’occuper de la rizière et de tout le bataclan qu’il faut faire à la maison.
- Sans faire de jalouse ? murmura Garaud. Vous n’allez pas nous faire avaler ça.
- Hé ! la jalousie, ça existe aussi chez nous comme partout. Mais jamais vraiment dramatique, pas de crimes passionnels, c’est pourtant pas la matière qui manque. Un bon époux, justement, saura naviguer pour éviter les cris, les drames, les ruptures.
- Moi, j’ai un copain, un prof, la quarantaine, il aurait bien dû s’en inspirer, de votre philosophie de la brousse. Dix ans de mariage, pas une seule fois il n’a trompé son épouse, juré. Et puis là, il vient me trouver hier au soir. Déboussolé. Pourquoi ? Il jure avoir rencontré l’amour, l’amour majuscule. La passion.
- Ah !
- Avec ton épouse, ce n’était pas de la passion, alors ? Ça y ressemblait bien pourtant.
- Non, pas comme cette fois !
Robert Vigneau : le blog !