Bernard Lorraine : Ombre du temps…

dimanche 15 avril 2018
par  Robert Vigneau
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Bernard Lorraine fut un homme prodigieux.

Toi vivant, je me n’en rendais pas vraiment compte tant ta présence semblait naturelle, constitutive de nos jours, de tous instants de joie, d’exaltation, d’inquiétudes. Mais aujourd’hui, à la fin, Bernard, je dois l’avouer, c’est trop long : je suis en panne de complicité. Tu savais tout faire. Tu avais publié un nombre incalculable de poèmes, de proses, de traductions, d’anthologies. Tu savais chanter. Tu excellais en gourmandise. Tu étais si généreux ! Tu signais d’un nom de province conquérante les échos les plus étouffés de notre planète.


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On frappe à la porte

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Qui donc s’époumone
à crier mon nom ?
J’ouvre, je réponds…
Quelqu’un ?… Plus personne.
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On cogne à la vitre,
on monte en souliers
par les escaliers…
Mais non, tout est vide.
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On crochète l’huis,
on cherche à tatons
à briser le plomb
des sceaux de la nuit.
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La chose, par ruse,
vient à pas feutrés…
Qui entre, est entré ?
Intrus ou intruse ?
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Ah, que l’on me dise
ce qu’on veut de moi.
Je brûle d’un froid
qui me paralyse.
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Oui, qu’on en finisse !
Tout, tout, tout, plutôt
que ce lent supplice
d’otage au poteau !
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On frappe à la porte,
on tire la cloche.
Qui donc me décroche
le cœur de l’aorte ?

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Bernard Lorraine : Ombre du temps, Maison de poésie edit., 1995, p. 18.