Jean Genet

dimanche 5 août 2018
par  Robert Vigneau
popularité : 15%

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III

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Quand tu dors des chevaux déferlent dans la nuit
Sur ta poitrine plate et le galop des bêtes
Écarte la ténèbre où le sommeil conduit
Sa puissante machine arrachée à ma tête
Et sans le moindre bruit
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Le sommeil fait fleurir de tes pieds tant de branches
Que j’ai peur de mourir étouffé par leurs cris.
Que déchiffre au défaut de ta fragile hanche
Avant qu’il ne s’efface un pur visage écrit
En bleu sur ta peau blanche.
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Mais qu’un gâfe t’éveille ô mon tendre voleur
Quand tu laves tes mains ces oiseaux qui voltigent
Autour de ton bosquet chargé de mes douleurs
Tu casses avec douceur des étoiles la tige
Sur son visage en pleurs.
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Ta dépouille funèbre a des poses de gloire
Ta main qui la jetait la semant de rayons.
Ton maillot, ta chemise et ta ceinture noire
Étonnent ma cellule et me laissent couillon
Devant un bel ivoire.

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Jean GENET , Le Condamné à mort, poésie-Gallimard, 1999, p. 30…