Thé pour juin

jeudi 12 avril 2018
par  Robert Vigneau
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Depuis plus de trois décennies, je compose un calendrier de MES boissons ou nourritures pour présenter les vœux de saison aux francophones en mon cœur. Ces douze quatrains, un par mois, célèbrent des parentèles ou des événements privés, lointains, parfois même si personnels qu’ils ont pu sembler obscurs aux récipiendaires.
En contrition, voici quelques précisions ou détails, souvent d’ordre intime ou familial, susceptibles d’éclairer le contexte de ces confidences. Et puis, ça me fait plaisir de raconter ces bribes. Cette fois, il s’agit de mes tasses de thé, calendrier paru à l’aube de 1996.

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Usages du thé… Je n’ai pas su choisir entre ces deux quatrains : tous deux évoquent des scènes familières des rues et bistrots indiens. Exotiques jusqu’à ce qu’on y découvre interdits ou tabous implicites, liés au dogme des castes.

Thé en juin
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J’ai brisé l’indienne coupelle
 
Où mes lèvres ont siroté :
 
Maudite l’argile que scelle
 
Ma pure intouchabilité !

ou

Le brahmane au noir des gargotes
 
Dévide en habiles rubans
 
Les timbales de thé brûlant
 
Que dans la soucoupe on sirote.

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Expliquons l’implicite !

Le premier quatrain : Dans la plupart des lieux publics, le thé est servi dans des coupelles de terre cuite qu’il est d’usage de casser après usage unique afin d’éviter qu’un client de caste "honorable" ne pose ses lèvres où aurait bu un inférieur, pire un "intouchable" – au risque de profaner son karma. Un simple lavage (lustral) n’effacerait pas ce sacrilège car la terre cuite restant poreuse échappe à tout lavage définitivement purificateur de toute trace d’intouchabilité.

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Le second quatrain : Les familiers de l’Inde entendront la situation. Comme les brahmanes constituent la caste la plus "pure", nul ne sera souillé par leur cuisine : on les retrouve donc généralement aux fourneaux.

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Dans le sud de l’Inde, le thé ou le café sont volontiers servis JPEG - 11.8 ko bouillant dans le métal d’une timbale posée sur sa soucoupe creuse.

Pour rafraichir le breuvage, on le transvase d’un récipient à l’autre, d’une ample danse de la main qui développe un ruban liquide fort artistique, ma foi - dont je n’ai pas réussi à trouver une image, pardon !

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Dans le même esprit dévot, je me suis laissé expliquer que les Hindous, fidèles à la vaisselle de métal, n’usent jamais de tasses ni d’assiettes en
terre cuite (porcelaine ou assimilé), profanes car la fabrication des glaçages de poterie exigeait, dit-on, des os, produits de la mort ! Est-ce une réalité ? Une légende ?

Désolé de n’avoir pas trouvé sur le net d’article pour corroborer ces dires.


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