Source de mars… 

mercredi 6 décembre 2017
par  Robert Vigneau
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Depuis trois décennies, je compose un calendrier de mes boissons ou nourritures pour présenter mes vœux de saison aux francophones en mon cœur.

Ces quatrains célèbrent des personnages ou des événements privés, lointains, parfois même si personnels qu’ils ont pu paraitre obscurs aux récipiendaires. Qu’ils m’en pardonnent !

Avec ma contrition, voici quelques précisions ou détails, souvent d’ordre intime ou familial, susceptibles d’éclairer le contexte de ces aveux. Et puis, ça me fait plaisir de raconter ces bribes. Cette fois, il s’agit de mes gorgées d’eau, calendrier paru à l’orée de 1992

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mars

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La source au bord de la rivière
 
jaillie du marbre pourfendu
 
Se tarit en mars quand mourut
 
Foudroyé mon Pépé d’Aubert.

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Mes grands-parents paternels demeuraient à Aubert, proche de St Girons dans l’Ariège, leur hameau d’origine. Mon pépé passait sa retraite à pécher la truite dans le Lez. J’ai appris depuis que cette passion pour la pêche cache surtout le désir de fuir le toit conjugal - mais ceci est une autre histoire, même si elle ne plaide guère pour le charme dégagé par ma grand-mère…

Rien de la rivière ne restait étranger à pépé. Par exemple, il était bien le seul à avoir repéré une nouvelle source qui jaillissait du marbre, juste en contrebas de la carrière de grand-antique. 

Il fallait un peu patauger avant de l’atteindre. Il allait y remplir chaque jour le cruchon d’eau qu’il poserait sur la table de midi. En vacances, seul, j’avais le droit de partager son secret : il me portait sur ses épaules pour traverser le marigot du Lez. Une eau offerte par le marbre le plus vénérable qui soit, ne pouvait que porter jouvence et pureté !

Pépé abandonna à jamais truites et mammifères en mars 43. Je ne pus assister à ses obsèques. En 44 aussi, la situation fut trop compliquée en France pour nous échapper d’Oyonnax. Ce n’est que deux ans après, en 1945, que je retournais à Aubert. Mon premier souci fut de retrouver la source. Elle avait disparu. Il y avait bien cette fente dans le marbre noir veiné de blanc, couleurs du deuil. Désespérément sèche.

En fait, je ne sais pas si, en vérité, la source s’éteignit en mars 1943. Ainsi l’ai-je décidé. Qui affirmera que le poème se trompe ?


Qui est la poire pour la soif ?


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