Le sel en février… 

mardi 7 novembre 2017
par  Robert Vigneau
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Depuis trois décennies, je compose un calendrier de mes boissons ou nourritures pour présenter mes vœux de saison aux francophones en mon cœur.

Ces quatrains célèbrent des personnages ou des événements privés, lointains, parfois même si personnels qu’ils ont pu paraitre obscurs aux récipiendaires. Qu’ils m’en pardonnent !
Avec ma contrition, voici quelques précisions ou détails, souvent d’ordre intime ou familial, susceptibles d’éclairer le contexte de ces aveux. Et puis, ça me fait plaisir de raconter ces bribes. Cette fois, il s’agit de mes pincées de sel, calendrier paru à l’orée de 1991

.

février

Juliette au fond du pot à sel
 
cachait ses deux, trois vieux bijoux
 
qui salaient d’or ses vermicelles
 
ou de turquoise ses ragoûts.

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Maman n’eut jamais la bonne fortune de posséder les modestes bijoux de ses songes.
Je sais qu’elle rêva en son adolescence d’une chainette en or comme il s’en offrait alors aux jeunes filles à l’occasion de la célébration de la Première Communion, cérémonie de passage entre enfance et jeunesse. Hélas pour elle, cette fête fut anéantie par le décès de sa propre mère, emportée ce printemps-là par l’épidémie de grippe espagnole, détresse alourdie de frais médicaux, funéraires, considérables pour un simple douanier à l’époque.

Maman ne pourra s’offrir cette chainette que bien plus tard, avec ses premiers salaires de petite main couturière. Elle ne la portait jamais : juste la posséder l’enchantait. Elle me la montrait.

- Je n’ai pas acheté la médaille.

- Laquelle aurais-tu choisi ? Une croix ?

- Ah ! Non, surtout pas ! Un dieu qui m’a privé de ma pauvre mère !

Avec cette chainette d’or, elle possédait deux, trois autres colifichets dérisoires, bague, broches. De la brocante familiale…
Bien entendu, nous ne possédions pas de coffre-fort pour planquer ces trésors. Les préserver de qui ? Des voleurs, pardi !
- S’ils pénètrent, comme il n’y a rien à prendre, une fois fouillé sous les draps, ils n’auront pas l’idée de ma boite à sel…

Elle n’ajoutait pas son bonheur de toucher à chacune de nos bouchées au sel de sa fortune familiale.


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