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Déménagement, 8 : L’Assoiffé se noie dans le puits.
mardi 6 juillet 2021, par
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L’ASSOIFFÉ SE NOIE DANS LE PUITS
.Où glisse-t-il ? Ici la terre est saoule.Où glisse-t-il ? Cette margelle est sèche,ce puits sans fin, ce vertige sans fond.L’herbe, la graminée bonne à foulerse perd. La pierre manque à ses souliers.Où glisse-t-il ? Pour lui la terre est saoule.Il court, il crie, il croit qu’il s’accrochaitaux moissons crissantes, aux ruisseaux verts,à la patience oubliée des chevaux.Tous les épis parlaient par ma bouche,mais dans l’odeur pétrifiée des lavandesl’infini mesure sa démesure..Il crie. Tu cours, et tu cries qu’il s’accrocheà la poulie, aux chaînes, au crin des ronces,aux si fiévreuses parois, aux parures,à vos souvenirs de paille et d’épi.Mais lui, la soif l’enfonce dans le puits,le feu le fuit, même la poulie tourne,le fer pourrit comme le blé s’égrène ;la ronce n’est que crinière d’épineset là ses mains coulent après son corpscomme un désespoir souple de racines.Il pend à quelle chaine de lumièreet de ténèbre, lui qui se jetaentre ciel et ciel, car le ciel en basn’en finit jamais, n’aurait plus d’éclat,entre ciel et ciel et la pierre autour.Il glisse et tu cries, tu cries et tu courset tu vois ses bras au centre des gerbes,des haillons de blé, des bouquets de l’eau,et l’eau s’est fermée sans une blessure.La poulie attend la chaine ou le crinet tu cries : que celui qui a des mainsse retienne même à ces pourritures !
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IL, déménagement, p.60 du recueil IL, édité par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l’épée dans la Collection "Prenez garde aux yeux bleus".
Ici se clot, Il, le second recueil de Robert Vigneau, publié par un éditeur.
Robert Vigneau : le blog !