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Déménagement, 7 : L’impatient.

lundi 5 juillet 2021, par Robert Vigneau

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L’IMPATIENT

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Il fixe la nuit en face.
 
Elle passe dans ses yeux
 
comme larmes intérieures,
 
elle jaillit, elle rampe,
 
elle coule dans son cœur.
 
Lui murmure : j’attendrai.
 
Il s’approche d’une lampe
 
il se regarde le corps.
 
En l’espace de ce corps,
 
trop d’étés et trop de glace
 
se sont incarnés déjà :
 
le muscle a laissé sa gloire.
 
Lui murmure : j’attendrai.
 
Un matin passe le soir,
 
c’est toujours la vie encore.
 
Il inspecte son visage
 
par les visages d’autrui :
 
leur respect l’érige en âge,
 
les enfants baissent sans bruit
 
les paupières sur leurs jeux
 
quand il se penche sur eux.
 
Il murmure : j’attendrai,
 
j’attendrai, je t’attendrai.
 
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Mes doigts et ma bouche sont embourbés de la nuit
 
Ce soir sans raillerie je sens que la vie me fuit.
 
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Je suis si fatigué de mon désir périssable
 
que ma langue me paraît plus vieille que le sable.
 
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Je voudrais Te chanter, Toi que je n’ai pas tenue
 
je n’ai connu que ma passion au langage nu.
 
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Pourtant je n’ai vécu que pour retrouver Celle,
 
celle dont mon cœur garde le modèle.
 
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O mes lèvres inutiles et vouées au froid
 
qui n’avez jamais clamé la joie parmi mes joies,
 
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Et vous, mes mains qui pendez comme des feuilles mortes
 
pour n’avoir pas étreint Ses poignets entre deux portes,
 
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N’avons-nous pas assez fort ni longtemps patienté
 
pour offrir enfin notre ferveur à Sa clarté ?
 
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O toi, éclairante et tiède à la croix de ma route,
 
accueilleras-tu ce froid, cette nuit et les doutes ?

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IL,}} déménagement, p. 58 du recueil IL, édité par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l’épée dans la Collection "Prenez garde aux yeux bleus".