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Déménagement, 6 : Le Gisant.
jeudi 1er juillet 2021, par
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LE GISANT
.Terre, si je m’étale sur ton ventre,sèves et travaux se couchent en moi..Fatigue du temps tournée en poussière,je sens monter la plainte d’anciens boispar ces racines d’ombre qui m’attellentà tel charroi de cendre et de charbon..Au sein du limon, sous l’écume verteles troupeaux anciens piétinent ma peauet leur faim broute à même mon épaulejusqu’au silex de l’os, blanche falaise..Parfois enivrés du sel de mon sangmêlé aux rameaux obscur de la glaise,ces végétariens titubent et pèsentun lointain désir rumineur d’azur..J’entends, oh ! j’entends alors l’épouvanteenfiévrer leurs pas et leurs beuglementsflotter lugubres plus qu’un nénupharsur le dangereux sommeil de l’étang..Alors tu frémis aux fibres des plantes,à telle trompe lourde de cadavres,à ce bruit blanc, blancheur rongée de larves,Terre, dont l’écho gronde en tout mon corps..C’est le mystère de la peur, pareilleaux premières douleurs d’enfantementchez une sourde et muette écoutantson bâtard se flâtrer sous la ceinture ;Elle ne peut crier à nulle oreilleles effrois d’amour et de pourriture.Ainsi nous remuent les miettes du tempsà la claire lisière des forêts..Lorsque la peur traque les herbivores,les arbres morts se greffent à mes bras.Tant de siècles lourds les ont pétrifiésque la tourbe froide respire encoreen regard de telle rigidité.Pourtant, dans le souvenir de ces palmesse déploient toujours des fantômes d’ailes :aigrettes hérissés par le trépas,duvet des griffes, morfil des rémiges.Une volière magique s’exclame,cherchant de loin l’enchantement de l’air.Souvent s’élève à l’ombre du tapageLe soir d’un chant plus simple qu’une source.Ce chant se love autour de mes artèrespour se nourrir au souffle de ma voix.C’est le loriot qui sifflait naguèresur le plus léger bourgeon de la joieet la mémoire frêle de sa plainteretient le parfum des fleurs de pommierà l’orée du cimetière des plantes.Il devine comme un qui va le perdrele monde étonnant au seuil de l’étélorsqu’un soleil neuf pétille d’abeilleset le chien renifle aux touffes des haieset le foin s’éprend du pollen d’un lys.Chant du loriot, flûteau qui s’enivred’un fétu de paille et des mouches bleues,à l’enlisement final du sommeiltu regretteras l’évident secret,l’incroyable raison de ne plus vivre.Et tout se tait dans les forêts anciennes :les arbres morts se greffent à mes brasmais tout se tait. Tout rêve à la chansonmeilleure que la pluie, à la chansonressuscitant le ciel au sein des glaises.Feuilles et fruits enfouis se souviennentdes sèves étouffées, mais ils se taisent.et j’entends le silence du charbon.
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IL, déménagement, p. 55 du recueil IL, édité par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l’épée dans la Collection "Prenez garde aux yeux bleus".
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Robert Vigneau : le blog !