Accueil > Jours > Nostalgie 2 : il > Déménagement, 4 : Le Compagnon.

Déménagement, 4 : Le Compagnon.

mardi 29 juin 2021, par Robert Vigneau


.

LE COMPAGNON

.
 
Qui traîne ses pas de velours
 
dans un royal chemin de fange
 
entre la nuque et le talon ?
 
C’est le cœur. Son charroi dérange
 
la boue percluse aux carrefours
 
de la conscience et du sommeil,
 
la boue, le bois, la loi, la lande,
 
l’immobile boue de la viande
 
au seuil sans gloire du sommeil.
 
.
 
Son boitillement nu s’enfonce
 
au fond d’humides raccourcis
 
et s’insinue parmi les ronces
 
et se lacère sous la pluie.
 
La nuit et l’eau portant les bruits
 
fiévreusement à la lisière
 
des sourdes jungles oniriques,
 
des intimités exotiques,
 
notre cœur marche avec le frère
 
qui nous contemple du dedans.
 
.
 
Et lui, notre traître en escorte,
 
il fait mine de nous quitter
 
pour des eaux trompeuses et mortes,
 
pour des sous-bois gagnés aux flaques,
 
quand nous allons vers les cités.
 
C’est qu’il ne peut briser sa proie,
 
sa fraternelle proie compagne,
 
que prise au piège du silence
 
et du secret ennui de soi.
 
.
 
Chemins exacts au rendez-vous,
 
vous nous menez vers le silence
 
et qu’on écoute, dure loi,
 
les pas du cœur perclus de boue.
 
.

.

IL, déménagement, p. 52. du recueil IL, édité par Guy Chambelland en 1963 au Pont de l’épée dans la Collection "Prenez garde aux yeux bleus".