Le chat selon Zurako…

dimanche 1er avril 2012
par  Robert Vigneau
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Je vous écris de mon Japon chéri, chers assidus de ce blog.

A mon départ de Nagasaki, mon amie Zurako Ita avait glissé dans mon sac un de ses derniers poèmes, si bref et si lourd de sens multiples. Le voici :

バーからの叫びに

怯え、アンゴラ猫が

走った。

Clair, non ?

Elle me défie de le traduire, ou plutôt, puisque l’émoi de poésie échappe par nature à tout traducteur, de le transposer poétikement en français.

Tout d’abord, expliquons qu’il s’agit là d’un Jôdan, forme assez rare de la tradition japonaise, peu familière à l’Occident qui ne connaît que le haïku ou le tanka.

Le jôdan distribue deux douzaines de syllabes en trois respirations et propose au poète d’exprimer l’éternité de la nature dans le fluctuant de la vie (urbaine, ce qui n’est pas sans rappeler le propos d’Italo Calvino dans son immortel Marcovaldo ou les Saisons en ville).

Mais voici pour la bouche la lecture des idéogrammes ci-dessus :

Bâ kara no sakébi ni

Obié angora néko ga

ashitta.

D’emblée, la mélodie s’impose ! Et voici ma première traduction :

Effrayé par les cris du bistro, le chat angora se carapata.

Effectivement, on voit bien ici comment Zurako a su mêler la nature (le chat, la peur, la course…) et l’artifice (angora, le bistro…) tout en traçant un énigmatique croquis (pourquoi ces cris ? L’alcool ? ). L’imagination reste en suspens. Bref comme une photo ou des traces de sumi-é.

Mais je veux m’arrêter ici. La suite, demain ! Que de naturel, quelle beauté ! … nékoga ashitta…

Jâ mata né ! A bientôt !

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Fukushima, Maison de la Culture, le minaret. @Mairdabovan.